ÉDITORIAL

« Suis-je le gardien de mon frère ? »

Ces quelques mots nous plongent au cœur d’un drame. Ils font apparaître la nature de la relation entre deux frères, Caïn et Abel (Gn 4,1-17). L’offrande d’Abel est agréée par le Seigneur mais pas celle de son frère Caïn. Alors Caïn, enflammé d’abord de jalousie, s’enflamme ensuite de rage contre son frère Abel et devient fratricide. Il n’a pas considéré la possibilité pour lui de présenter à Dieu une nouvelle offrande. ‘ Le Seigneur dit à Caïn : « Pourquoi es-tu irrité, pourquoi ce visage abattu ? Si tu agis bien, ne relèveras-tu pas ton visage ? Mais si tu n’agis pas bien…, le péché est accroupi à ta porte. Il est à l’affût, mais tu dois le dominer. » (Gn 4,6-7) Mais Caïn s’est vexé. Il s’est senti humilié face à son frère, dont l’offrande avait été agréée. Frère qu’il croyait être le préféré d’un Dieu aux choix arbitraires. Caïn n’a pas combattu ce qui, dans son cœur, entachait son offrande. Caïn, aveuglé, illusionné, enfiévré, tua son frère. Caïn découvrit bien vite que le meurtre de son frère n’avait rien résolu. Au contraire, ce meurtre l’éloignait davantage de Dieu, le plongeant dans des ténèbres de plus en plus épaisses, souillant davantage son cœur. D’où lorsque Dieu interroge Caïn : « Où est ton frère Abel ? », Caïn lui répond avec toute l’énergie orgueilleuse qui l’anime : « Suis-je le gardien de mon frère ? »

Nous savons que ce qui semble un joli conte dans ce passage du livre de la Genèse met en lumière deux réalités. Premièrement : encore aujourd’hui et jusqu’à la parousie, Caïn met à mort Abel. Le loup mime d’être agneau. Le commandement d’aimer son frère est devenu pour beaucoup « un défi de la fraternité » ! Heureusement, nous avons l’Eucharistie… et la prière du ‘Notre Père’ laissée par le Christ ! Elle nous aide à combattre l’amnésie et toute pensée fratricide. Deuxièmement : encore aujourd’hui, cet hiver 2019, Caïn qui verra Abel avoir froid et faim s’interrogera : « Suis-je le gardien de mon frère ? » Mais justement, il devrait l’être.

Frères et sœurs, ne nous contentons pas de participer à des débats aux thèmes généraux tels que : « Quelle Église voulons-nous ? » Notre seul pouvoir est notre consentement. Alors, changeons la question : « Quelle Église se donne à entendre et à voir par moi baptisé(e) ? ». Chacun peut répondre.

Méditons ces mots du Pape : ‘ La fraternité humaine est générée en et par Jésus-Christ dans sa mort et sa résurrection. La croix est le’ lieu’ définitif de fondation de la fraternité, que les hommes ne sont pas en mesure de générer tout seuls’ (Pape François).

Amen. Alléluia.

Père Daniel DEMONIÈRE